Pourquoi certains enfants ont-ils des peurs ou des colères difficiles à expliquer ? Parfois, ces émotions ne viennent pas seulement de leur vécu ou de leur quotidien. Encore moins d’un caprice. Elles peuvent être liées à ce qu’on appelle la mémoire cellulaire : un héritage invisible qui traverse les générations et qui s’est inscrit dans les cellules de l’enfant.
De plus en plus de recherches et de témoignages montrent que nous ne transmettons pas uniquement des gènes, mais aussi des traces émotionnelles et biologiques. Comprendre ce phénomène peut aider les parents à mieux accompagner leurs enfants.
Qu’est-ce que la mémoire cellulaire ?
Le concept de mémoire cellulaire repose sur l’idée que nos cellules gardent en elles la trace d’événements, de traumatismes ou d’émotions vécus par les parents ou par leurs ancêtres bien avant eux.
Ainsi, des expériences fortes, comme un stress intense, un deuil, un accident ou encore un manque lors d’un divorce par exemple, peuvent laisser des stigmates biologiques, qui influencent la génération suivante et celles d’après.
Comme le souligne le journal Le Monde, certains traumatismes “semblent se transmettre de génération en génération, à la fois par l’éducation mais aussi par des mécanismes biologiques subtils”.
Comment la mémoire cellulaire se manifeste-t-elle chez l’enfant ?
Un enfant peut ainsi exprimer une émotion ou avoir une réaction qui semble disproportionnée ou “sans raison apparente”, alors que quelque chose qui le dépasse est en train de se jouer. Il peut par exemple avoir une peur intense du noir ou de l’abandon, sans qu’aucun événement lié à ces thématiques ne soit survenu dans sa vie. Ses colères peuvent se répéter ou être intenses sans raison précise. Il peut être envahi d’une tristesse inexpliquée et profonde. A l’école, des blocages peuvent aussi survenir alors qu’il fait tous les efforts demandés.
Chaque signal peut refléter des mémoires inconscientes issues de l’histoire familiale.
Le podcast In utero diffusé sur France Inter rappelle par exemple que les échanges cellulaires entre la mère et l’enfant, aussi appelés phénomène de microchimérisme peut influencer durablement le développement de l’enfant après sa naissance.
Que peuvent faire les parents face à la mémoire cellulaire ?
Face à des situations inexplicables, les parents se sentent facilement démunis. Mais la mémoire cellulaire ne doit pas être vue comme pas une fatalité. Il s’agit là surtout d’une piste de compréhension et d’une opportunité de transformation.
1. Observer et accueillir
Plus facile à dire qu’à faire, j’en ai bien conscience, mais dans la mesure du possible, il faudrait reconnaitre l’émotion de l’enfant avant d’en chercher immédiatement la cause. Par exemple, dire “Je vois que tu es très en colère” permet déjà à l’enfant de se sentir entendu.
2. Raconter l’histoire familiale
Les tabous et secrets familiaux pèsent souvent plus qu’on ne le croit. En parler, simplement, avec des mots d’enfants et sans donner de détails non adaptés à son âge, aide à libérer l’enfant. Comme l’a écrit la psychologue Anne Ancelin Schützenberger dans son livre *Aïe, mes aïeux !*, “ce qui n’est pas dit se répète”. Par exemple, si le papa ou la maman a été agressé, dire qu’un adulte a eu un comportement interdit à l’égard de son parent et décrire l’émotion ressenti par le parent en question.
3. Mettre des mots à travers les histoires
Se faire accompagner permet aux parents de trouver une autre issue et de pouvoir poser les mots et dire les choses. Avec la méthode Raconte-moi mon histoire, et l’aide de peluches, je peux vous aider à poser des mots sur vos émotions et ainsi alléger votre enfant.
La mémoire cellulaire rappelle que nos enfants ne portent pas seulement leurs propres émotions, mais parfois celles de leur lignée. En les accueillant, en racontant, en mettant des mots, nous leur offrons la possibilité de se libérer de poids invisibles et d’écrire leur propre histoire.
Sources grand public
– Le Monde – Comment les traumatismes se transmettent de génération en génération : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/09/26/comment-les-traumatismes-se-transmettent-de-generation-en-generation_6013199_3244.html
– France Inter – Podcast In utero : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/in-utero/in-utero-4391435
– Anne Ancelin Schützenberger – Aïe, mes aïeux ! (Éditions Desclée de Brouwer)




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